Haïti - Suite et fin
20/12/2016
La conduite dans Port-au-Prince, c’est l’aventure. J’avais un chauffeur (Raymond) expérimenté et heureusement. En général le trafic en ville est très mauvais, il y’a beaucoup de bouchons, et la manière dont ils conduisent n’aide pas non plus. Il n’y a pour ainsi pas de feu de carrefour, ni de panneaux stop (respectés), en gros, si tu sens que tu peux y aller, tu y vas en forçant. Comme c’est très lent, il n’y a pas de grands dangers. Il y’a beaucoup d’accidents ceci dit, mais peu de dégâts (en ville en tout cas). Il faut quand même faire très très attention aux nombreuses motos-taxis (avec parfois 3 personnes dessus), et aux piétons qui traversent un peu n’importe où. Si on est pressés, il suffit de klaxonner et on peut généralement doubler. Le klaxon, c’est une manière informelle de signaler sa présence et qu’on veut passer, c’est pas forcément agressif. Si je compare avec les Bahamas, le trafic est beaucoup plus dense, mais les gens vont beaucoup moins vite, ce qui rend les Bahamas plus dangereux (aussi parce qu’aux Bahamas, je n’ai pas de chauffeur, mais je conduis comme un Bahamien maintenant, c’est-à-dire n’importe comment). De mes 3 semaines passées en Haïti, j’ai vu 2 feux d’intersections qui marchaient, et quand je dis deux, je veux dire deux fois où je passais, le reste du temps, ces mêmes feux n’étaient pas en marche. Les règles sont les suivantes, si y’a personne, tu y vas, s’il y’a quelqu’un, tu y vas (lentement), si tu es pressé, tu y vas et tu forces... En France, on conduit à droite, en NZ, on conduit à gauche, en Haïti, on conduit.
L’hôtel, le Karibe était plutôt pas mal, j’avais une grande chambre avec un très grand lit confortable, la clim… L’hôtel a 2 restaurants, un en bas et un sur le toit (qui fait aussi bar). Celui d’en bas on prend le petit déjeuner et les repas de midi le weekend, il est ouvert tous les jours mais comme le choix n’est pas forcément génial, on va en général sur le toit où c’est fatalement un peu plus cher. Au bout de 3 semaines, j’en avait un peu assez de manger toujours la même chose… Un soir, vers la fin de mon séjour, j’arrive au restaurant en haut et ça a fait un peu comme ça : « bonsoir ! -Bonsoir monsieur, je suis désolé nous n’avons pas de mojitos aujourd’hui » … Je crois que je suis trop connu là-haut…
Le travail, parce que oui, j’étais là-bas pour travailler.
C’était complétement différent de mes expériences avec DataTorque (aux Bahamas et Swaziland) pour de nombreuses raisons. La première, évidente, la langue. On parle Français et Créole en Haïti. Alors oui, c’est ma langue maternelle, mais je ne suis plus trop habitué a parler français sur de longues périodes, donc je cherche mes mots. Et j’ai encore plus de mal avec le vocabulaire technique (informatique et fiscal). Par exemple, un jour un utilisateur vient me voir me dit qu’il n’arrive pas à changer l’assujettissement d’un contribuable. Alors oui, assujettir, j’ai déjà entendu ce mot, ça sonne bien dans le vocabulaire fiscal, mais alors à quoi ça correspond… J’ai fait genre, montres-moi ce que tu fais et je pourrai t’aider. J’ai fini par percuter. Quand on est assujettis à certains impôts, on doit déclarer et payer ce champ d’impôt. J’ai fini par m’habituer à tout ça et à parler leur langue (utiliser leur vocabulaire qui n’est pas forcément celui employé en France). C’est ce qui me permet de comprendre leur mode de fonctionnement et du coup, de les aider au mieux. Les gens sont tous super gentils et accueillants, ils sont tous très heureux qu’on soit là pour les aider et ils le reconnaissent. Il faut quand même préciser que RMS (notre système), c’est un don du Canada dans le cadre de la coopération Canada-Haïti et ça fait partie d’un grand projet pour réformer le système fiscal haïtien pour le rendre plus équitable et efficace. Ça veut dire que la plupart des gens pensaient que j’habitais au Canada. Evidemment, ils entendaient mon accent et savaient que j’étais Français, mais souvent ils me demandaient « alors ça fait combien de temps que tu habites au Canada ? », je devais leur expliquer que non, j’habitais en Nouvelle-Zélande, de l’autre côté de la Terre.
Au début, les utilisateurs n’osaient pas trop utiliser le système, de peur de faire des erreurs, donc on a dû pas mal les rassurer, leur montrer comment faire les choses aux mieux… c’était super intéressant.
Une grosse différence avec mes expériences précédentes et la façon dont les contribuables interagissent avec la DGI (Direction Générale des Impôts). EN général, les contribuables viennent au bureau avec les formulaires déjà remplis et un ou plusieurs chèques de banques (qui ne sont pas gratuits). Un agent va saisir la liquidation (qui ne contient que le type d’impôt déclaré, la période et le total), il imprime un reçu, que le contribuable donne à un agent de la « banque » qui va encaisser le paiement. Plus tard (quelques jours ou semaines plus tard), un autre agent va saisir l’intégralité de la déclaration et faire les vérifications. Ça, c’est pour 75% des contribuables. De temps à autres, le contribuable devra rencontrer un superviseur ou la directrice. L’agent qui saisit la liquidation est derrière un guichet, mais la porte et 95% du temps ouverte, et le contribuable entre et regarde l’agent saisir les données dans le système, il en profite pour discuter, justifier des choses… Ce qui implique que l’agent fait souvent des erreurs car il est déconcentré. Ça peut aussi dire que le contribuable pourrait en profiter pour donner du cash à l’agent (ce que je n’ai pas vu arriver). L’une des missions des gens de Global Affairs Canada est de s’assurer que ce genre de comportement est régulé et que l’ensemble est optimisé, c’est un énorme travail que de changer la culture… Il faut aussi ajouter que la DPME où je passais le plus clair de mon temps était situé dans une zone rouge (dangereuse) du fait de sa proximité avec le champ de mars et le palais national. Il y avait un garde en permanence avec un fusil à pompe dans la salle principale et un autre derrière les caissiers (eux-mêmes derrière d’énormes grilles).
L’infrastructure n’était pas géniale, les ordinateurs sont très lents, mais comme ils sont donnés par des états unis, on ne peut pas se plaindre. C’était presque un miracle que le réseau fonctionne car deux jours avant le lancement officiel, le câble reliant la DGI et la DPME avait été brulé (possiblement intentionnellement).
Ma dernière semaine était aussi la dernière semaine avant les élections qui est généralement synonyme de manifestations, accidents et autres débordements en tous genres. Quelques jours avant mon départ, on a convenu d’un changement de plan, je quitterai le bureau en milieu d’après midi (15h) pour éviter d’être pris dans les bouchons. Les manifestations et violences ont généralement lieu en fin d’après-midi, quand les gens sortent du travail. Je n’ai jamais vu autant d’affiches politiques au mètre carré, c’est hallucinant le nombre de posters et de candidats qu’il y a. (voir les photos).
Je pourrais continuer pendant des pages et des pages, mais je crois que là, ça donne une petite idée de mon expérience en Haïti.
Après Haïti j’ai pris quelques jours de vacances et suis allé visiter mon cousin Didier à la Martinique. Je l’avais pas vu depuis 3 ans alors c’était génial. Comme ses parents (mon oncle et ma tante donc) étaient de passage, j’ai pu les voir aussi (ainsi que d’autres oncles et tantes qui arrivaient lors de mon dernier jour). Je recommande la visite de la Martinique, ça vaut le détour. Mais seulement après être venus me voir en Nouvelle-Zélande!
Ajouter un commentaire
De : janine le 14/02/2017 20:15 |
---|
Bonsoir Maxime ,il y avait bien longtemps que je n'étais venue voir tes commentaires et tes photos qui sont toujours superbes .Chez nous il est 19h55 ,tu es peut être au travail.J'ai passé 1h30 à lire tes récits et à regarder toutes ces vues ,c'est un vrai régal de te suivre ,tu n'es pas avare de détails,toutes mes félicitations .Jai été très prise par mon déménagement et par mon installation sans compter les probèmes pour changer ma ligne ,à 10 jours près il aura fallu 2 mois pour résoudre le problème qui en fait était dû à la rupture du cable téléphonique .Hier Jérémy m'a téléphoné il est très heureux à Biarritz ou il pense acheter .Je te souhaite de continuer à bourlinguer longtemps afin de nous faire profiter de tes expériences .A bientôt pour la suite . |